Puissance Médiatique
Analyses et critiques sur les consommés de poulettes hypermédiatisées.Archive pour décembre, 2007
Team America: World Police (2004)
Récemment, j’ai retrouvé dans un club vidéo ce film qui m’avait surpris. Je ne sais trop ce qui m’a pris, mais en voyant la boite de ce film, avec ces belles images toutes pleines de couleurs, je me suis dit que bon, même si je ne loue jamais un film deux fois (ou presque), je pouvais bien me laisser convaincre par une impulsion. Aussitôt pensé, aussi tôt fait.
Une fois bien installée sur le divan, nous pressons la touche play (où plutôt sélectionnons la langue, puis cliquons sur retourner au film ou quelque chose dans le genre) et nous laissons aller dans le visionnement de ce film que je classe parmi les films Southparkiens (car il s’agit justement d’un film des réalisateurs de South Park, Trey Parker et Matt Stone) et compagnie. C’est alors que j’ai réalisé comment ce film pouvait être d’une qualité vraiment exceptionnelle considérant les techniques employées et l’originalité des acteurs: des marionnettes d’un pure style “Les Sentinelles de l’air”.
Attention, n’allez pas croire que j’oserai prétendre que ce film fait compétition aux œuvres d’art du 7e art. Par contre, il s’agit d’un film qui réalise parfaitement ses objectifs: distraire le client mais aussi présenter une satire de la politique américaine, du cinéma américain et des médias.
Cette satire s’attaquera principalement aux Etats-Unis et à leur lutte contre le terrorisme. Le film présente les Américains (avec un grand A) comme étant prêts à provoquer n’importe quelles catastrophes dans le but de sauver le monde des méchants terroristes. Bien entendu, le film est une satire, il y a de l’exagération -à titre d’exemple, les scènes qui impliques de grands monuments de ce monde. Mais dans un certain sens, pas besoin de se faire une crampe du cerveau et de saigner du nez pour se rendre compte que la guerre contre le terrorisme aura détruit des peuples, des cultures et des société dans le but, soit disant, de sauver le monde. Pas surprenant que La Maison Blanche ait rapidement commenté en trouvant désolant que les auteurs s’attaquent à quelque chose d’aussi sérieux que leurs guerres sanglantes mais “justifiées”.
En second lieu, quoi redire de ce travail bien orchestré dans le but de dénigrer les films d’action américains! Des mises en scènes classiques, des paroles calquées et répétées maintes fois dans un nombre incroyable de films, des stéréotypes de personnages, un scénario simpliste servant à organiser les scènes d’action, un vrai débordement de testostérone en puissance. J’ai particulièrement aimé la scène musicale sur une chanson dont je ne connais pas le titre mais qui pourrait s’appeler “Montage”, chanson qui décrit justement ce qui se passe dans le film à ce moment, une sorte de montage comme nous en voyons depuis des années dans les films d’action où l’acteur principal s’entraine pour soudainement devenir incroyablement puissant et prêt à faire face à toute opposition (pensez simplement à Rocky) . Et les scènes de cul, quelle imagination … quoique parfois, le cinéma d’action ne se gêne pas pour présenter des scènes plutôt ôsées question d’en donner pour leur argent à la clientèle. J’ajouterais que j’ai bien aimé l’épisode de la fellation homosexuelle, qui représente ce vertueux sens de l’honneur et du courage habitant tout héro étant prêt à tout pour sauver le monde! Avec un tant soi peu de psychanalyse, nous pourrions avancer que les auteurs se sont joués du système hyper répressif que constitue la société américaine en nous présentant la solution qu’il suggère, à savoir que le pouvoir à chromosome Y s’autoabuse lui-même afin de se soulager de ses pulsions inassouvies et surtout réprimées…
Bref, j’aimerais dire merci à Trey Parker et Matt Stone pour cette perle de d’humour simple mais efficace.
Muselez l’espace public et surtout l’opinion publique
Les politiques internes -et externes- américaines sont discutables, voire critiquables, a n’en point douter. Nous sommes au début des années 1990 et l’espace public américain est submergé de critiques sociales envers les récentes politiques internes en ce qui a trait à l’éducation publique. Après quelques putschs médiatiques avortés, les politiciens (Clinton et ses acolytes en l’occurrence) se retournèrent vers une politique de relations publiques, racolant à outrance leur auditoire afin de valoriser leurs choix toujours discutables. Rien ne semblait leur réussir, l’opinion publique demeurait la même : négative à leur égard. Les attaques fusaient de toutes parts : l’éducation publique était en déperdition, elle était discriminatoire, raciste, manœuvres de l’État élitiste et l’on soupçonnait les dirigeants du moment et passés de promouvoir cette avenue décriée par la plèbe marginalisée. Parallèlement, une télé-série émergente pointait, Boston Public, doux contraste avec les saops amouricides[1] -tels que les omniprésents Les feux de l’amour et autres Santa Barbara. Efforts efficaces, l’éducation déficiente se voyait vulgarisée, expliquée pour tous et toutEs…par les canaux télévisés, crédits gouvernementaux à l’appui. À quelques mois d’intervalles, la télé-série Urgences pointait elle aussi sont nez. Les chevaux de batailles électoraux des politiciens désarçonnés, après avoir rué dans les brancards, harmonisaient l’opinion publique. Muselée, la critique elle était! Troupeaux en cavale de la masse publique, vous voilà bien orientés et récupérés! Maintenant nous avons 24 Chrono, NCIS de quelques états d’Amériques, Alias…Le pont se fait? Il ne s’agit pas de tergiverser trop longtemps afin de pointer mon commentaire : le voici…de l’État à la Masse, la sphère audiovisuelle, l’espace public serait-il contaminé par de l’ingérence politisée et cautionnée à outrance? Et nous, en bons Québécois, nous entrons dans la valse sans hésitation en achetant ces télé-séries, en les diffusants et surtout en les écoutants sans se poser plus de questions. Ainsi lorsqu’un semblant d’organisation sociale tente de se frayer un chemin dans les politicailleries, nous, nous nous divertissons d’images camouflées sous un pseudo sens éducationnel. Combien de temps attendrons-nous cette révolution de l’espace public où la critique et l’auto-analyse sociale seront notre quotidien? À quand nos propres émissions socio-moralisatrices seront plus que ces purgatifs de nos malaises sociaux, emboîteront le pas et dépasseront le chef-d’œuvre que fut Les Bougons?
[1] Encore de la terminologie Maryannesque : à vous de trouver mieux comme contraction langagière d’amoureuse et de génocide….
La Noël des médias
Annoncée en grande pompe dès le lendemain de l`halloween et plusieurs fois par jour sur tous les canaux de TiVi* et postes de radios, la grande Guignolée des médias s’est soldée, encore cette année, par un succès monstre.Laissant de coté leur guéguerre , les quatre réseaux de TiVi* et tous les postes de stations de radio régionaux et autres vidéotrons de ce monde, pardon de la province se sont tendu la main pour ne former qu’une seule et unique main géante qui, elle s’est tendue vers nous en espérant que nous la remplirions de denrées non périssables et d’argent. Et le peuple a répondu avec enthousiasme et générosité à l’appel des vedettes. Bien sûr, comment ne pas donner lorsqu’une Mahée Paiement vous demande une « canne de bines » ou un petit cinq piastres, une cloche dans les mains, une tuque rouge et blanche sur la tête, quelques pas de danse et on se laisse aller pour un p’tit dix… Sans rire, il est permis de se demander à qui profite vraiment la Guignolée des Médias? Bien entendu, Moisson Montréal et foule d’autres ONBL (organismes à but non lucratifs) ont une rentrée de fonds et de produits non périssables bien nécessaires en ces temps de réjouissances. Tout le monde semble y trouver son compte. Les protagonistes du show-biz québécois ont l’occasion de prouver au peuple québécois qu’ils ont le cœur gros comme ça. Ca flatte l’ego de Michelle Richard de pouvoir raconter jusqu’en février dans Echo-Vedettes que son postérieur ne sert pas seulement à déféquer sur les tapis**, qu’elle peut aussi se le geler, année après année, pour une bonne cause. L’idée de la Guignolée est merveilleuse et généreuse, elle use de son attraction afin de mobiliser et de sensibiliser à de justes causes. Elle tend vers la noble cause, elle cimente -comme elle le peut- notre tissu social friable…Je vais arrêter là, avant de verser une larme qui serait d’à point, il n’en est pas à douter, or comme je ne suis pas une vedette, elle risque d’être désuète. Trêve de sarcasmes. J’en reste à espérer que le vedettariat ne déclassera pas le bénévolat et n’acculera pas les autres actions louables et salvatrices à d’outranciers jeux de clownerie dans le seul but d’attirer notre attention. Nous vivons d’en un univers de spectacles où le divertissement siège où siégeaient auparavant les idoles grecques et nous devons faire avec cet état de faits…jusqu’à un certain point. Ainsi, si nous acceptons ce cirque, jouons donc le jeu jusqu’au bout, et acceptons et surtout, mandons à nos vedettes de jouer leur rôle social pour de vrai à longueur d’année et non seulement pendant quelques heures. *C’est joli non?
**Pour les non initiés de la rumeur mondaine québécoise, il y a quelques années déjà, La Reine de TQS s’était soulagée sur un tapis d’hôtel en protestation contre le fait que son caniche n’y était pas admis…ce fait d’armes -de larmes- divers n’est pas de la plus haute importance mais il sied bien à ce propos critique.
Le massacre de Polytechnique ou comment se produit l’autocensure politikly-correcte…
18 ans après et on ne fait que s’en souvenir!
Le 6 décembre, nous nous souvenons de cette triste tragédie que fut le massacre de l’école Polytechnique. Les divers canaux télévisés nous en ont fait un rappel de troisième ordre, loin derrière le cas Mulroney-Scheiber, annoncé in extremis, d’une moyenne de trois à quatre minutes de reportage, rappelant les faits en gros –nous laissant toutefois les soins de se rappeler des détails plus précis, certains n’ont même pas souligné le nom de l’auteur de la tuerie, Marc Lépine, misogyne en furie. Dans les journaux tel que La Presse, l’importance de la nouvelle, nous propulsait à la 18ème voir 20ème page afin d’y retrouver un commentaire laconique du sujet. Pis encore, ce midi, j’écoutais en rediffusion sur la chaîne Télé-Québec, une émission que je prise habituellement, Bazzo.tv, et où, cette semaine, deux éminents politicologues, Joseph Facal et Vincent Marissal, nous font une revue de l’actualité –duel à trois, accompagné des interventions de l’animatrice, Marie-France Bazzo. Cette revue-ci me fit dresser les cheveux sur la tête lorsqu’un des interlocuteurs commenta le sombre anniversaire. Au départ, son point de vue rejoignait sensiblement le mien : il dénonça le manque de profondeur de l’analyse médiatique en émettant l’hypothèse, dont je suis portée à soutenir, à savoir qu’il nous faille attendre un chiffre rond (tel que le 20ème anniversaire) avant d’entrevoir un tant soit peu de contenu dans l’analyse journalistique qui nous sera proposée. Il nota par la même occase, la convergence omnipotente en ce qui à trait au traitement de l’affaire par les journalistes. Durs constats, mais bref… lorsqu’il tenta de pousser plus loin sa critique, je me rappelai en quoi le massacre de Polytechnique m’a et m’affecte toujours autant. Dans ce cas-ci et n’enlevant en rien à l’abomination des autres tueries telles que Colombine ou Dawson, la censure et l’autocensure -que je qualifierai d’antiféministe -qui entoure le traitement de cette affaire m’afflige. Ici, cherEs lecteurs-trices, je ne vous oblige en rien à adopter ma vision des choses, mais je vous offre plutôt les constats qui me sont venus depuis ces 18 dernières années et de vous en soumettre par la même occasion de nouveaux angles de réflexion. intéressants.
Veuillez excuser cette légère bifurcation or, dans un contexte aussi sordide, je juge plus adéquat de bien tabler mes prémisses analytiques avant d’en étayer le propos. Assez de la flaflas, entrons dans le vif de mon commentaire : avant Marc Lépine, ma lunette féministe, et ce, bien que déjà quelque peu encombrante à porter, améliorait grosso modo ma vie; après, elle prit radicalement l’aspect d’un boulet. D’une part, je constate qu’être une femme n’est en rien égal à l’homme, tout simplement parce ce qu’il y a la peur entre les deux. Si les violences psychologiques et verbales peuvent s’équivaloir, celles physiques les surpassent –et dans cette énumération, j’omets celles monétaires.
Depuis cette tragique journée, ma féminité a eu peur et cette peur est restée ancrée au tréfonds de mon être sensible. Pendant près de dix ans, j’ai eu peur de dire que j’étais féministe…pour les garçons, la question ne vous est pas posée, tout simplement, pourquoi, je ne saurais y répondre, mais pour nous, les filles, il nous faut nous positionner au moins une fois l’an, sinon plus. Suis-je féministe, ne le suis-je pas? j’aurais bien aimé me fantômatiser* plusieurs fois, pour y répondre…Ce n’est que récemment, un an tout au plus, que j’ai réalisé que féministe le suis et que me devais d’y enlever le trémolo, la honte lorsque je le disais. Simplement parce qu’être féministe n’implique pas d’être belliqueuse , revendicatrice ou extrémiste, mais juste d’être, de se reconnaître,: ce que je ne permettais plus depuis cette tuerie. Belle réussite. C’est en cela que le saut d’âne du critique de l’émission Bazzo.tv m’a tant offusquée : comment peut-on se permettre l’analogie entre la tuerie de Polytechnique et le registre des armes à feu?
Merci, à madame Hélène Pedneault (co-auteures de la Revue La Vie en Rose) de m’avoir si doucereusement conscientisée à ce sujet. Que le lien se fasse pour les tueries de Dawson ou de Colombine, cela peut passer, mais pour Polytechnique, nous oublions une grande part du gâteau, à savoir que ce n’étaient QUE des femmes qui ont été tuées. Je me rappelle encore de la couverture médiatique française qui n’a parlé que d’un tueur fou et non du misogyne qui a tué quatorze femmes ,endeuillé leur famille, épeuré des fillettes telles que moi et lettre à l’appui, prévu d’en tuer quinze autres (les médias n’ont jamais publié cette lettre), ces femmes n’avaient aucun lien avec Lépine que d’être des personnalités publiques …appellerons-nous Michael Moore?
Si le sujet vous intéresse, la revue La Vie en Rose offre un parallèle à l’affaire fort captivant. Disponible aux Éditions Remus-Ménages.
Marre des pub! fini le jeu!
J’avais pour habitude étant plus jeune, de tenter de savoir quand la séquence de publicités télévisuelles imposées allait prendre fin. Avec l’aide et la supervision éclairée de mon gardien et voisin du haut, nous avions élaboré quelques théories à ce sujet. Plusieurs signes –après avoir été décorticorqués et débattus rigoureusement préalablement- nous permettaient d’anticiper la fin de nos souffrances. Ainsi, nous nous étions mis d’accord sur les principaux signes qui annonceraient le retour à notre émission (que nous n’allions de toute manière pas écouter) : le flash en haut à droite de l’écran nous annonçait les cinq dernières secondes de supplice, pour certains canaux, le jeu était plus simple, il ne fallait qu’attendre la répétition de la première publicité et le tour était joué!
Or, les nouvelles programmations d’automne québécoises m’ont enlevé mon passe-temps-passe-supplice* en me gratifiant d’un décompte numérique au haut de mon écran : je sais qu’il me reste 24-23-22…secondes avant que le Télé Journal soit de retour. Non mais, quoi de plus radical? … Est-ce pour contrer le zapping? Je ne suis pas l’experte en la question, alors je m’abstiendrai de commenter. Or, ce n’est pas la rappropriation de l’espace publicitaire hyper exploité qu’oblige la rentabilité ou la convergence pour d’autres qui m’agresse tant, mais bien l’aspect infantilisant que cela adopte. Ainsi, j’ai le sentiment de me faire prendre par la main afin que j’aie bien compris le sujet, les thématiques qui seront abordés prochainement dans 10-9-8…. Que surtout, je n’oublie rien…vérification faite, l’exercice doit être lucratif, car c’est à peu près le même concept que les Télétobies et Cornemuse ont adopté : répéter 3 fois de suite et tout va bien entrer, pareil à l’éponge en manque d’humidité, la cervelle humaine doit absorber! Si pour les Télétobies la redondance est évidente, il ne faut pas chercher bien loin la similitude dans l’approche conceptuelle de ce temps informatif : les 2 premières minutes de l’émission même pour vous présenter 3 reportages à venir; 2 minutes en sous-titres, résumant par écrit ce qui sera dit en…2 minutes de reportage bien coupé! Et de trois!
Les télé-diffuseurs l’ont bien compris le principe…nous sommes trop occupés pour les écouter, alors il ne faudrait rien manquer. La solution, ils l’ont trouvée : ils n’ont qu’à nous pré-mâcher le contenu que nous n’aurons qu’à…commenter.
* Terminologie Maryannesque, à bon entendeur, salut!
La cité des enfants perdus (1995)-La sacralisation du rêve: conception sociétaire biaisée…
Résumé et contexte du film
Le rêve est l’exutoire de nos pulsions réprimées, sans le rêve, l’humain se voit conduit directement à l’aliénation. Dans le film La Cité des enfants perdus, il devient, pour nous spectateurs, un songe éveillé, irréel, empreint d’une tension, qui elle est bien réelle. Dans ce film, nous retrouvons des enfants trop matures pour leur jeune âge s’opposants à des adultes qui n’ont jamais -ou mal- vieillis, tous à la quête d’un rêve inaccessible, cloisonnés sur une île perdue dans le “nomansland”, décrépie. L’un des principaux personnage, Krant est vieilli trop rapidement car il ne peut rêver, ses émotions en sont figées, glacées, et à la fin de cette cristallisation, une seule solution se présente à ses yeux: retrouver ses illusions par le biais des rêves enfantins volés préalablement. Il en est ainsi de la trame de fond où se tisse, s’enchevêtre, l’histoire amalgamée de rêves conjoints désabusés.
Le film La cité des enfants perdus est une désacralisation du rêve.Le rêve y est désacralisé sous tous les angles. Il constitue le désenchantement de l’image…par l’image.Avec une exploitation quasi abusive, tous les moyens sont mis en œuvre afin de traiter le sujet central : la vision, le rêve. À titre d’exemple, les Cyclops veulent voir ce qui pour nous est irréel -ce que Debord nommait la société du spectacle. Il est une critique cynique empreint d’une ironie plus que certaine de notre rapport avec la réalité sociale. En ce sens, il s’inscrit comme une critique sociétaire par sa seule création : quasiment tous les dogmes y sont confondus. Le produit fini que constitue ce film est dans son essence même une critique des médias de masse en lui-même : il vilipende l’image de la réalité qu’il nous sur-représente. Le rêve nous est vendu et nous adhérons à ce principe comme d’un état de fait. Ce film nous oblige à revoir ce que la société, dans laquelle nous vivons, nous a fait croire être la réalité et les moyens de l’atteindre. C’est la désillusion du rêve. Cette désacralisation se produit, entre autres, par une sur représentation des symboles tout au long du film. De la sorte, l’histoire se déroule dans un univers onirique où l’expressionnisme et le surréalisme font force de loi. Chaque aspect du décor est symbolique, chaque objet est choisi afin de jouer sur la subjectivité qu’il peut transmettre au spectateur. Il y a perte de l’authenticité de l’art, perte de l’Aura, ici dans l’œuvre cinématographique, qui se voit être corrompue par sa diffusion marchande laquelle lui octroie une valeur d’échange.
C’est dans un même ordre d’idées que se jouxte la théorie de Guy Debord : la dualité infranchissable entre le réel et irréel produit par l’image. Ce point est d’ailleurs un pivot de l’œuvre filmique. Ainsi, par le biais des jeux de caméras (images concaves et convexes), les images tendent à se rendre surréelles. Au lieu de créer la brèche entre le réel et irréel, les techniques cinématographiques de l’époque (1995, l’évolution fut rapide depuis) nous plongent dans un simulacre de réalité tout au long du film. Nous restons suspendu entre le rêve et la réalité, entre le monde des adultes et celui de l’enfance, entre le laid et le beau, dans une aura intangible. Nous sommes sur l’île des enfants perdus -tel que l’héroïque Peter Pan nous l’avait déjà proposé- devenue une cité post-moderne apocalyptique. Un univers de symboles à trop de sens, sauf celui auquel l’esthétique objective contemporaine nous a socialisé. Dans le contexte d’une société post-télévisée, où la télévision nous impose son réalisme et ses réalités, le cinéma, dans cette compétition; nous nous voyons retirer cette faculté de tracer la limite entre le réel et le rêve, peu à peu[1]. C’est aussi dans cette optique que La Cité des enfants perdus, tente de racoler le spectateur. Le spectateur s’identifie à cet univers d’aliénés par l’entremise des images mêmes du film. Le truchement subtile des images de synthèses intercalées aux réelles établit ce lien avec parcimonie. La lenteur dans la progression enforcit encore plus cette recherche attentive, cette investigation. Les images de synthèse (les puces, les bouteilles à rêve, les métamorphoses de Miette et Krank dans la séquence de rêve, les contorsions du laboratoire de Krank, la larme de Miette…), dues à Buf Compagnie, ont nécessité 15 personnes et 10 mois de travail pour 5 minutes à l’écran, soit 48 prises… Lors de sa sortie, La Cité des enfants perdus aurait ainsi été le film contenant, en durée, le plus d’images de synthèse au monde ! Au total, c’est 17 minutes qui furent entièrement conçues à l’aide de trucages numériques (40 000 images digitalisées !), soit un total de 144 prises, par la société française Dubois (travail supervisé par Pitof). La preuve est faite que nous avons réellement évolué…
Le thème central abordé par les co-scénaristes, Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, est le regard que l’on porte sur l’Autre, mais aussi, celui que nous nous portons : le rêve y devient le véhicule de transmission de cette vision. Orchestré avec une subtilité recherchée, nombre de moyens sont mis en œuvre afin de nous amener à rêver avec les personnages. Parallèlement, cela suscite dans le spectateur une tempête d’émotions. Faut-il seulement lire quelques critiques pour percevoir ce bouillonnement sentimental -lesquelles sont diamétralement opposées bien souvent. Bref, ce film éveille des sentiments enfouis aux tréfonds de nos êtres inconscients. Ce film en est un à voir, à revoir…les yeux grands fermés.
N.B. Par les mêmes réalisateurs, le césarisé Delicatessen ainsi qu’Alien V, où, fait rarissime un studio géant a fait confiance à deux réalisateurs étrangers (Français), pour poursuivre les aventures de Rippley et de ses désagréables extraterrestres.
[1] Youssef Ishaghpour énonce cette distanciation théâtrale dans son texte Puissance et désenchantement de l’image, page 170.
osama
Osama fait mal. Le film est un chef-d’œuvre, à mon avis, car il saura transcender les époques. Le scénariste afghan, qui est une perle rare de sensibilité, a su me transporter dans son univers. J’ai terminé l’écoute du film et j’aurais voulu qu’il se poursuive : j’aurais aimé savoir si Osama se portait bien. La technique utilisée pour nous intégrer au sujet du film, celle de la vidéo de brousse, caméra à l’épaule, a porté fruit : je me suis complètement identifiée l’expérience vécue par la jeune afghane. Nos mondes sont pourtant diamétralement opposés. J’aurais pu être offusquée par le réalisme et la cruauté dont il est sujet. Ou encore, j’aurais pu ne pas me sentir interpelée, tout simplement parce que je n’ai pas vécu l’obligation de me travestir en garçon. Je n’ai pas ce bagage émotionnel, et pourtant, je me suis sentie toujours près d’Osama. L’approche intégrante, progressive et simplifiée de ce film me fascine. Je suis passée de journaliste-compagnon, à voisine de quartier, puis à femme exilée et séquestrée. J’estime qu’il réside dans cette structure filmique, une gradation empreint d’humanisme -rare et pure- qui touche les affects les plus élémentaires de l’être humain, et c’est en quoi, ce film révèle son génie. J’ajouterai que ce film nous confronte à une surréalité actuellement présente: la mission guerrière canadienne en Afghanistan. Cela constitue un sujet omniprésent de notre sphère médiatisée lorsque l’on dénombre nos morts -72 à ce jour? mais de leur côté cela reste nébuleux…Osama est un film à voir, à revoir.
Fahrenheit 9/11 (documentaire)
couverture fahrenheit 9/11 
Peut être parce que tout mon entourage immédiat l’a aimé : je l’ai haïs. Or, pour haïr, il faut aimer : doux paradoxe*… Au terme de son écoute, je me sentais aussi abusée que si G.W. Bush m’avait fait un discours dans mon salon. Ce documentaire –ou plutôt, docu-menteur, pour ne pas reprendre la contraction d’un festival que j’aime bien- est empreint que tous les éléments essentiels à une bonne œuvre de propagande : démagogique à l’extrême. Moore joue sur les affects de ses spectateurs, sans tact; il tire sur la corde sensible, la tend, la distend, la fait claquée au bon moment : il explose et implose en même temps. Le produit (cinématographique) qu’il nous vend, est sa propre rage contre son propre gouvernement. J’irais même plus loin, il rage contre lui-même, il se hait tellement de s’être fait abuser, qu’il retourne le projecteur pour nous cracher ses images. Que Bush soit le plus con des cons, il n’y a rien à redire, j’ai probablement la même perception que Moore sur le sujet. Et pour cela seulement, je l’aime bien, il dénonce ce que j’aurais voulu dire- en d’autres mots. Son équation est simple : la peur est créée par les médias (manipulés) qui est en réaction avec notre peur collective de l’Autre, l’ensemble est poussé par la quête pécuniaire. Et voilà l’Amérique!
Néanmoins, il y a une manière d’amener ces éléments. Ses techniques de segmentations et de répétitions des images nous amputent de notre droit à réfléchir seul : la focalisation sur les faciès horrifiés et béats, avec la musique de contexte (?) nous oblige à une salade de peur et d’agressivité. D’autre part, si nous n’avions pas encore compris que Bush était le seul auteur de tous ses crimes guerriers, avec force d’arguments bien pesés, : musique agressive, images juxtaposées sans lien autre que de représenter les mêmes émotions et commentaires en sourdine, une seule chose manque, l’obligation de l’écouter. Parallèlement, Moore vilipende une fois encore la fabrication de la peur par les médias, et ce pendant, il tue l’aura même de la communication qu’il juge si aliénée, par ses procédés techniques.
*Faut-il noter mon cynisme volontaire sur la qualité des arguments : musique agressive, images juxtaposées sans lien autre que de représenter les mêmes émotions et commentaires en sourdine, une seule chose manque : l’obligation de l’écouter.
Migrations
ESPACE PRIMO
Mauvais karma ou bon? Partir sans un rond, dans un monde déjà bien emplit, où par milliard ils se chevauchent; où quelques-uns s’ébauchent. Sans une ridule ni un pli. De manières bien Gauches, glauques…Pour ceux-là…Ceux-là au ventre trop rond pour leur âge.
Qui savent trop bien, qu’une ligne sur les pages de l’Humanité, suffira à résumer leur race. À coups de pavés -et de tant d’autres choses! -ils ont tenté d’étreindre l’autre réalité. Et de ces pavés qui n’auront servi qu’à paver les voix marchandes que jamais ils n’emprunteront autrement que pour fuir le sang de leurs enfants… Et les ventres maintenant ronds du germe belliqueux de soldats trop vieux et trop peu pieux –au sens très littéraire de la chose.
…
Marcher sans fin. Grossir les rangs d’inconnus. Traverser les vents de mers, les temples de pierres, les mers de sels, les larmes de paires cachés dans Leur oubli. Et en être sûrs, question d’y survivre, en sachant très bien qu’Ils écriront leur histoire de leur sang. L’avancée, dans des corps d’automates pour Leurs yeux. Qu’Ils puissent les contempler afin d’assouvir leur besoin d’humilité. Aucune justification ne Leur sera nécessaire : elle est vendue avec le droit de vivre issu de Karmas Platines que Damne Parcimonie a si bien réussi à ne pas distribuer décemment. Et pour ceux-là, sauve-garder l’espoir -beaucoup mieux que la minime minorité pensante d’eux-mêmes jamais ne saura le faire- au creux de l’étincelle de leurs yeux.
ESPACE DEUXIÈME
Et les Vents en tourbillons nous ont accueillis dans cet univers oublié des Temps. À tourbillonner ainsi, le seul Nord que nous retrouvions, était celui qui se rappelle en glaçant les sangs, se chantant par un claquement de dents, qui perdure quatre saisons sur six et qui vous laisse les doigts aussi roides que le sol qui nie dégel point. Pas même par les milliers d’hommes qui l’on chauffé de leur faim…par milliers, nous avons habité cette réclusion. Mes mères s’y sont nourries à leurs manières pour de l’adopter sans l’apprivoiser jamais.
Un autre monde s’est créé.
Mary-Ann
JacKY ‘AJT 2006
