Puissance Médiatique
Analyses et critiques sur les consommés de poulettes hypermédiatisées.Archive pour décembre 10, 2007
Le massacre de Polytechnique ou comment se produit l’autocensure politikly-correcte…
18 ans après et on ne fait que s’en souvenir!
Le 6 décembre, nous nous souvenons de cette triste tragédie que fut le massacre de l’école Polytechnique. Les divers canaux télévisés nous en ont fait un rappel de troisième ordre, loin derrière le cas Mulroney-Scheiber, annoncé in extremis, d’une moyenne de trois à quatre minutes de reportage, rappelant les faits en gros –nous laissant toutefois les soins de se rappeler des détails plus précis, certains n’ont même pas souligné le nom de l’auteur de la tuerie, Marc Lépine, misogyne en furie. Dans les journaux tel que La Presse, l’importance de la nouvelle, nous propulsait à la 18ème voir 20ème page afin d’y retrouver un commentaire laconique du sujet. Pis encore, ce midi, j’écoutais en rediffusion sur la chaîne Télé-Québec, une émission que je prise habituellement, Bazzo.tv, et où, cette semaine, deux éminents politicologues, Joseph Facal et Vincent Marissal, nous font une revue de l’actualité –duel à trois, accompagné des interventions de l’animatrice, Marie-France Bazzo. Cette revue-ci me fit dresser les cheveux sur la tête lorsqu’un des interlocuteurs commenta le sombre anniversaire. Au départ, son point de vue rejoignait sensiblement le mien : il dénonça le manque de profondeur de l’analyse médiatique en émettant l’hypothèse, dont je suis portée à soutenir, à savoir qu’il nous faille attendre un chiffre rond (tel que le 20ème anniversaire) avant d’entrevoir un tant soit peu de contenu dans l’analyse journalistique qui nous sera proposée. Il nota par la même occase, la convergence omnipotente en ce qui à trait au traitement de l’affaire par les journalistes. Durs constats, mais bref… lorsqu’il tenta de pousser plus loin sa critique, je me rappelai en quoi le massacre de Polytechnique m’a et m’affecte toujours autant. Dans ce cas-ci et n’enlevant en rien à l’abomination des autres tueries telles que Colombine ou Dawson, la censure et l’autocensure -que je qualifierai d’antiféministe -qui entoure le traitement de cette affaire m’afflige. Ici, cherEs lecteurs-trices, je ne vous oblige en rien à adopter ma vision des choses, mais je vous offre plutôt les constats qui me sont venus depuis ces 18 dernières années et de vous en soumettre par la même occasion de nouveaux angles de réflexion. intéressants.
Veuillez excuser cette légère bifurcation or, dans un contexte aussi sordide, je juge plus adéquat de bien tabler mes prémisses analytiques avant d’en étayer le propos. Assez de la flaflas, entrons dans le vif de mon commentaire : avant Marc Lépine, ma lunette féministe, et ce, bien que déjà quelque peu encombrante à porter, améliorait grosso modo ma vie; après, elle prit radicalement l’aspect d’un boulet. D’une part, je constate qu’être une femme n’est en rien égal à l’homme, tout simplement parce ce qu’il y a la peur entre les deux. Si les violences psychologiques et verbales peuvent s’équivaloir, celles physiques les surpassent –et dans cette énumération, j’omets celles monétaires.
Depuis cette tragique journée, ma féminité a eu peur et cette peur est restée ancrée au tréfonds de mon être sensible. Pendant près de dix ans, j’ai eu peur de dire que j’étais féministe…pour les garçons, la question ne vous est pas posée, tout simplement, pourquoi, je ne saurais y répondre, mais pour nous, les filles, il nous faut nous positionner au moins une fois l’an, sinon plus. Suis-je féministe, ne le suis-je pas? j’aurais bien aimé me fantômatiser* plusieurs fois, pour y répondre…Ce n’est que récemment, un an tout au plus, que j’ai réalisé que féministe le suis et que me devais d’y enlever le trémolo, la honte lorsque je le disais. Simplement parce qu’être féministe n’implique pas d’être belliqueuse , revendicatrice ou extrémiste, mais juste d’être, de se reconnaître,: ce que je ne permettais plus depuis cette tuerie. Belle réussite. C’est en cela que le saut d’âne du critique de l’émission Bazzo.tv m’a tant offusquée : comment peut-on se permettre l’analogie entre la tuerie de Polytechnique et le registre des armes à feu?
Merci, à madame Hélène Pedneault (co-auteures de la Revue La Vie en Rose) de m’avoir si doucereusement conscientisée à ce sujet. Que le lien se fasse pour les tueries de Dawson ou de Colombine, cela peut passer, mais pour Polytechnique, nous oublions une grande part du gâteau, à savoir que ce n’étaient QUE des femmes qui ont été tuées. Je me rappelle encore de la couverture médiatique française qui n’a parlé que d’un tueur fou et non du misogyne qui a tué quatorze femmes ,endeuillé leur famille, épeuré des fillettes telles que moi et lettre à l’appui, prévu d’en tuer quinze autres (les médias n’ont jamais publié cette lettre), ces femmes n’avaient aucun lien avec Lépine que d’être des personnalités publiques …appellerons-nous Michael Moore?
Si le sujet vous intéresse, la revue La Vie en Rose offre un parallèle à l’affaire fort captivant. Disponible aux Éditions Remus-Ménages.
Marre des pub! fini le jeu!
J’avais pour habitude étant plus jeune, de tenter de savoir quand la séquence de publicités télévisuelles imposées allait prendre fin. Avec l’aide et la supervision éclairée de mon gardien et voisin du haut, nous avions élaboré quelques théories à ce sujet. Plusieurs signes –après avoir été décorticorqués et débattus rigoureusement préalablement- nous permettaient d’anticiper la fin de nos souffrances. Ainsi, nous nous étions mis d’accord sur les principaux signes qui annonceraient le retour à notre émission (que nous n’allions de toute manière pas écouter) : le flash en haut à droite de l’écran nous annonçait les cinq dernières secondes de supplice, pour certains canaux, le jeu était plus simple, il ne fallait qu’attendre la répétition de la première publicité et le tour était joué!
Or, les nouvelles programmations d’automne québécoises m’ont enlevé mon passe-temps-passe-supplice* en me gratifiant d’un décompte numérique au haut de mon écran : je sais qu’il me reste 24-23-22…secondes avant que le Télé Journal soit de retour. Non mais, quoi de plus radical? … Est-ce pour contrer le zapping? Je ne suis pas l’experte en la question, alors je m’abstiendrai de commenter. Or, ce n’est pas la rappropriation de l’espace publicitaire hyper exploité qu’oblige la rentabilité ou la convergence pour d’autres qui m’agresse tant, mais bien l’aspect infantilisant que cela adopte. Ainsi, j’ai le sentiment de me faire prendre par la main afin que j’aie bien compris le sujet, les thématiques qui seront abordés prochainement dans 10-9-8…. Que surtout, je n’oublie rien…vérification faite, l’exercice doit être lucratif, car c’est à peu près le même concept que les Télétobies et Cornemuse ont adopté : répéter 3 fois de suite et tout va bien entrer, pareil à l’éponge en manque d’humidité, la cervelle humaine doit absorber! Si pour les Télétobies la redondance est évidente, il ne faut pas chercher bien loin la similitude dans l’approche conceptuelle de ce temps informatif : les 2 premières minutes de l’émission même pour vous présenter 3 reportages à venir; 2 minutes en sous-titres, résumant par écrit ce qui sera dit en…2 minutes de reportage bien coupé! Et de trois!
Les télé-diffuseurs l’ont bien compris le principe…nous sommes trop occupés pour les écouter, alors il ne faudrait rien manquer. La solution, ils l’ont trouvée : ils n’ont qu’à nous pré-mâcher le contenu que nous n’aurons qu’à…commenter.
* Terminologie Maryannesque, à bon entendeur, salut!