Puissance Médiatique

Analyses et critiques sur les consommés de poulettes hypermédiatisées.

Le massacre de Polytechnique ou comment se produit l’autocensure politikly-correcte…

18 ans après et on ne fait que s’en souvenir!

censure

 

Le 6 décembre, nous nous souvenons de cette triste tragédie que fut le massacre de l’école Polytechnique. Les divers canaux télévisés nous en ont fait un rappel de troisième ordre, loin derrière le cas Mulroney-Scheiber, annoncé in extremis, d’une moyenne de trois à quatre minutes de reportage, rappelant les faits en gros –nous laissant toutefois les soins de se rappeler des détails plus précis, certains n’ont même pas souligné le nom de l’auteur de la tuerie, Marc Lépine, misogyne en furie. Dans les journaux tel que La Presse, l’importance de la nouvelle, nous propulsait à la 18ème voir 20ème page afin d’y retrouver un commentaire laconique du sujet. Pis encore, ce midi, j’écoutais en rediffusion sur la chaîne Télé-Québec, une émission que je prise habituellement, Bazzo.tv, et où, cette semaine, deux éminents politicologues, Joseph Facal et Vincent Marissal, nous font une revue de l’actualité –duel à trois, accompagné des interventions de l’animatrice, Marie-France Bazzo. Cette revue-ci me fit dresser les cheveux sur la tête lorsqu’un des interlocuteurs commenta le sombre anniversaire. Au départ, son point de vue rejoignait sensiblement le mien : il dénonça le manque de profondeur de l’analyse médiatique en émettant l’hypothèse, dont je suis portée à soutenir, à savoir qu’il nous faille attendre un chiffre rond (tel que le 20ème anniversaire) avant d’entrevoir un tant soit peu de contenu dans l’analyse journalistique qui nous sera proposée. Il nota par la même occase, la convergence omnipotente en ce qui à trait au traitement de l’affaire par les journalistes. Durs constats, mais bref… lorsqu’il tenta de pousser plus loin sa critique, je me rappelai en quoi le massacre de Polytechnique m’a et m’affecte toujours autant. Dans ce cas-ci et n’enlevant en rien à l’abomination des autres tueries telles que Colombine ou Dawson, la censure et l’autocensure -que je qualifierai d’antiféministe -qui entoure le traitement de cette affaire m’afflige. Ici, cherEs lecteurs-trices, je ne vous oblige en rien à adopter ma vision des choses, mais je vous offre plutôt les constats qui me sont venus depuis ces 18 dernières années et de vous en soumettre par la même occasion de nouveaux angles de réflexion. intéressants.

Veuillez excuser cette légère bifurcation or, dans un contexte aussi sordide, je juge plus adéquat de bien tabler mes prémisses analytiques avant d’en étayer le propos. Assez de la flaflas, entrons dans le vif de mon commentaire : avant Marc Lépine, ma lunette féministe, et ce, bien que déjà quelque peu encombrante à porter, améliorait grosso modo ma vie; après, elle prit radicalement l’aspect d’un boulet. D’une part, je constate qu’être une femme n’est en rien égal à l’homme, tout simplement parce ce qu’il y a la peur entre les deux. Si les violences psychologiques et verbales peuvent s’équivaloir, celles physiques les surpassent –et dans cette énumération, j’omets celles monétaires.

Depuis cette tragique journée, ma féminité a eu peur et cette peur est restée ancrée au tréfonds de mon être sensible. Pendant près de dix ans, j’ai eu peur de dire que j’étais féministe…pour les garçons, la question ne vous est pas posée, tout simplement, pourquoi, je ne saurais y répondre, mais pour nous, les filles, il nous faut nous positionner au moins une fois l’an, sinon plus. Suis-je féministe, ne le suis-je pas? j’aurais bien aimé me fantômatiser* plusieurs fois, pour y répondre…Ce n’est que récemment, un an tout au plus, que j’ai réalisé que féministe le suis et que me devais d’y enlever le trémolo, la honte lorsque je le disais. Simplement parce qu’être féministe n’implique pas d’être belliqueuse , revendicatrice ou extrémiste, mais juste d’être, de se reconnaître,: ce que je ne permettais plus depuis cette tuerie. Belle réussite. C’est en cela que le saut d’âne du critique de l’émission Bazzo.tv m’a tant offusquée : comment peut-on se permettre l’analogie entre la tuerie de Polytechnique et le registre des armes à feu?

Merci, à madame Hélène Pedneault (co-auteures de la Revue La Vie en Rose) de m’avoir si doucereusement conscientisée à ce sujet. Que le lien se fasse pour les tueries de Dawson ou de Colombine, cela peut passer, mais pour Polytechnique, nous oublions une grande part du gâteau, à savoir que ce n’étaient QUE des femmes qui ont été tuées. Je me rappelle encore de la couverture médiatique française qui n’a parlé que d’un tueur fou et non du misogyne qui a tué quatorze femmes ,endeuillé leur famille, épeuré des fillettes telles que moi et lettre à l’appui, prévu d’en tuer quinze autres (les médias n’ont jamais publié cette lettre), ces femmes n’avaient aucun lien avec Lépine que d’être des personnalités publiques …appellerons-nous Michael Moore?


Si le sujet vous intéresse, la revue La Vie en Rose offre un parallèle à l’affaire fort captivant. Disponible aux Éditions Remus-Ménages.

 

 

 

 

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