Puissance Médiatique

Analyses et critiques sur les consommés de poulettes hypermédiatisées.

Archive pour janvier, 2008

Mettre les journalistes sur la sellette des accusés: comment s’articule la réplique à la consolidation oligarchique de l’oligopole médiatique

La contre-convergeance ou  Comment digresser tout son soul pendant  4  pages…

 censures presse

Les médias nous informent et quelquefois se font critiquer.  Tout dernièrement, la critique s’est fait de plus en plus virulente.  En bons auto-régulateurs, se sont des journalistes qui nous ont soumis la rétroaction qui circulaient déjà dans certaines sphères privées, à savoir que certains dossiers et par le caricature cochons  même fait, reportages, seraient menés en épingles pour trop peu de contenu, à leurs dires… ( Dires sûrment vérifiables, du moins constatables )  Bien. Mais encore?!  Ce n’est pas justement la base de l’essence journalistique que d’être critique, et par conséquent, auto-critique? Je pose la question, mais j’avoue avoir été désabusée, jusqu’à tout récemment, par ce manque (plus qu’évident)  dans le monde médiatique.  L’omniprésence de l’Épée de Damoclèse économique qui influe sur chaque propos émis m’attriste à chaque fois que j’aie à feuilleter un édito… cet éditorial, qui avec son emplacement privilégié, souvent sur-commenté, annonce -oh! quelle tristesse!- non pas une observation ou un commentaire du journaliste réputé, ou encore, une idée, une conjoncture tentant de se tracer un chemin dans l’espace public; non! ce que l’article annonce ( par le biais des lunettes et de la plume du chroniqueur)   ce sont bel et bien les couleurs, la ligne de pensée -pour ne pas dire, la ligne de parti- du PDG, bien appuyé, c’est entendu, par les ressources non-négligeables et très financières des actionnaires du média. Quelques fois, un doute surgit lors de la publication d’un édito qui semble vouloir défier La Loi tacite -le contrat de travail…  Pourtant, tout récemment, une entrevue menée par l’équipe de l’émission Les Francs-Tireurs ( Télé-Québec, 5 décembre 2007 ),  venait anéantir ces dernières illusions que je m’étais forgées.  L’interwieuvé? Le tout neuf, ex-éditorialiste notoire du journal, tout autant notoire, La Presse, André Pratte.  Celui-ci démolissait par ses propos mes espoirs survivants, en affirmant, ou plutôt en dévoilant les contextes d’écriture dans lesquels baignent et sont assujettis les rédacteurs-éditorialistes. Dès lors, oublions les rêves utopiques d’un journalisme objectif mais surtout dissocié des contraintes politiques. 

De plus, d’autres faits tous aussi importants et inquiétants viennent s’ajouter comme conséquences directes, ou presque, de ce phénomène: l’hyper-concentration des sujets privilégiés et l’hypertrophie de l’éventail des thèmes abordés.  C’est ainsi que l’hypermédiatisation voit le jour… avec ses cas horrifiants de parfaits inconnus devenant les saveurs du mois et dont tous un chacun en connaissent l’adresse domiciliaire et plus encore: plus encore que le concerné-même…  Et par la grâce de la trop sainte convergence ( des médias, bien entendu! ),  celle qui nous permet, nous presse, pour ne pas dire,  nous contraint à ingurgiter de force ou d’ennui, l’information, dépourvue de contenu, contenue dans chacun des canaux diffuseurs, avec au pis aller, quelques minutes de divergeance et quelques propos biffés ou réagrémentés…

Auto-critique, auto-censure v/s l’indépendante critique

L’auto-censure?  Oui.  Or, à la condition plus que préalable qu’elle respecte, d’abord et avant tout, la censure préétablie bien qu’implicite et pourtant trop tangible, qui elle, respecte à son tour les visées des dirigeants du journal.  Cette problématique n’est pas nouvelle en soi (nonobsant sa présence de plus en plus enracinée dans la sphère médiatique et d’autres) :  nombre de critiques des TIC   ( technologies de l’information et de la communication),  à l’exemple de Noam Chomsky et de ses comparses qui oeuvrent à nous y ouvrir les yeux.  La réalité qu’amènent les conglomérats ainsi que la consolidation de cet oligopole précis, nous rapproche de cette mondialisation, qui demeurerait pour beaucoup d’entre nous intangible, quasi imperceptible, sans l’apport (imparfait mais intéressant, voire nécessaire)  de ces derniers observateurs issus d’une autre trempe.   Leurs propos ont déjà plus de 20 ans, pour d’autres, bien plus encore, et nous ne faisons qu’à peine nous ouvrir à eux -cela dit, avec autrement plus de réserve que lorsque l’on nous sert du prémaché-prédigéré à saveur continue de préélection sur feuilles de choux reconnues.  La solution à ce constat édifiant, et de moins en moins contesté, résiderait dans la structuration d’organismes régulateurs internes et/ou indépendants ou les deux, qui seraient assujettis à une déontologie précise et qui veilleraient à appuyer les journalistes dans la pratique de leur art, de leurs tâches, de leurs responsabilités sociales et surtout, dans le maintient d’une qualité réelle de journalisme objectif, objecteur de conscience et défendeur de notre fragile ciment social, de nos valeurs sociétales, mondiales et humaines… Ses ouvertures sur de nouvelles manières d’encadrer le métier journalistique, sans pour autant en brimer sa liberté d’expression, ont déjà plus d’une génération et malgré cela, en sont encore au stade embryonnaire de circuler  -à titre d’utopies- en vase clos dans de très minimes groupucules d’érudits où peu d’aspects ont été débattues à leur sujet: ni le pour, ni le contre.  En constatant cet état de fait, une récente piste de solution fut soumise  et -comble de surprise!- envisagée par certains jusqu’à même en faire la manchette…   Cette suggestion? Un tribunal réservé aux causes liées au journalisme.  Après les structurants régulateurs et encadrements ( et mis de côté…), le pas était mince entre eux et l’idée d’une solution législative -de cette envergure!   

Réflexions personnelles en 3 temps 

1.Le partage irréel du pouvoir: solution sans raison d’être 

Je conclurai ce propos -relevant quasiment du roman!- avec une réflexion personnelle sur les conséquences qu’un tel choix impliquerait, tout autant qu’il implique déjà par le       fait-même d’être envisagé puis discuté, et par conséquent, s’insinuant en nous parce que soufflé aux oreilles de notre pensée collective… Car les menaces peuvent être grandes à passer la voix de la presse -semi-  libre sous la poigne régide de La Loi.  Les revenez-y sur vos positions risquent  de devenir des denrées rares.  D’autre part, pourquoi sous-tendre à un résultat positif lorsque nous savons pertinemment que l’une des causes nous poussant à agir réside précisément dans la concentration d’un  pouvoir immense et attractionnel dans un minimum de mains ?  Au nom de quelle raison alors, transférer de ce pouvoir vers des mains similaires, d’une congrégation pareillement minime, qui ne ferait que porter un nom différent: le Tribunal, au lieu des Québécors actuels? 

Sans vouloir faire figure d’oiseau de mauvais augure, je me permets de souligner un second aspect, qui est en fait un lien entre les deux autres réflexions (la précédente et la suivante).  Je pense ici, aux réalités dont personne ne souhaite un jour à être confrontées, et qui, pourtant, sont la dote de la majorité des gens de paroles -sur-vivant dans des régions où les oligarchies dictatoriales dictent les diktats à suivre -et à promouvoir ( de gré ou de force, mais surtout de force! ).   Ce sont trop communément des peuples qui, la journée, la semaine précédente, ne songeaient surtout pas à l’avènement d’une dictature en bonne et dûe forme ou quelquefois, camouflée sous le couvert d’une quelconque lubie sympathique.  Ainsi, à ses premiers sigaux d’alarme, la dictature naissante doit faire la sensation du moment où émergeant d’un rêve, à demi-éveillé, nous réalisons être en retard.    Bien qu’il soit facile de s’y confondre, les tyrannies s’imposent par les mêmes étapes, les mêmes bouleversements sociaux, où seul le temps semble s’écouler différemment, où, à l’exception près, l’ordre, avec lequel les chambardements surviennent, reste habituellement le même, de façon surprenante.  De la sorte et afin de figurer mon propos, au grand Jamais !  les Parisiens ne pensaient que Napoléon 1er cachait un tel despotisme -sinon pourquoi l’auraient-ils couronné empereur lorsqu’ils venaient tout juste de se défaire de la monarchie à coups d’hécatombes puisées directement dans leurs pauvres rangs?…  Et, dans ce cas, les exemples du genre foisonnent depuis des siècles.

  Les étapes se suivent et s’assemblent…  Une seconde étape, après la première, soit la prise de contrôle -ou plus simplement, l’anéantissement-  des principaux lieux et des agents artistiques, fut celui de la presse écrite, entre autres, par… la réduction radicale et significative du nombre de salles de presse, tout en passant par l’imposition de ses vues (embellies, magnifiées) à quelques presses particulières, mais rejoignant le plus grand nombre de gens, les submergeant de commentaires dithyrambiques.  Serait-ce exagéré d’avancer qu’une presse bien rodée, bien muselée, et par dessus tout, le tout lié à la main qui détient le pouvoir -de la voir vivre ou périr, à son gré- constitue un des premiers pas vers une dictature  bien érigée?  Qu’en mettant de l’avant l’édification d’un pareil tribunal ne visant que les journalistes et leurs actes, ressemble étrangement à une des principales étapes qui offrit les assises à une domination historique à couleurs napolitaines?  Que justement, l’histoire vient d’être lue de nous, il y a à peine quelques lignes…   J’interrompts ici, ma digression ou plus précisément, ma bifurcation mentale à la touche humaniste et historique.  Je vous laisse avec la tâche de tisser par vous-même les liens sous-entendus plus haut et ceux pressentis dès maintenant pour la poursuite de cette lecture.  À vous d’utiliser votre esprit critique, si fortement suggérée, qui parcème l’ensemble de ce texte dans l’espoir d’aller germer ailleurs…

Partant de ce que nous en connaissons à ce jour, ce tribunal serait strictement tributaire des causes impliquant une action émise dans le cadre des activités journalistiques.  Dans un même ordre d’idées, si rien n’est envisagé en ce sens, nous pouvons présumer qu’un code de déontologie, tel qu’entrevu dans les précédentes pistes de solution, guiderait le labeur des personnes siègeant à ce tribunal.  Or, à ce jour, cette déontologie  viserait  principalement les journalistes et ne touchetrait que dans une infime part les médias en tant que médiums communicationnels -trop peu pour avoir un quelconque effet sur un moyen-court laps de temps, ni sur son opposé d’ailleurs-, conséquemment, ses hauts dirigeants et leur cour très bénéficiaires demeurent encore et toujours sous la même cloche de verre les protègeant et en les déresponsabiliant.  Du moment, je me pose la question à savoir si les objectifs, autant globaux que plus précis, ne sont pas visés de travers?…  Pour quelle raison concentrerions et dépenserions-nous tant d’énergie en n’encadrant qu’une seule part de l’organisation médiatique?…  C’est un peu comme si nous mettions des oeillières et un mors au cheval rebelle sans pour autant user des bride, gravache et éperons.  Ce faisant, nous ne contraignons pas: nous ne faisons que risquer un aveuglement, une déperdition de l’essence propre à l’esprit journalistique. Car cette part, regroupant seuls les journalistes,  est menacée de porter les oeillières et pourrait aussi se voir dotée de la museaulière;  c’est elle qui est, somme toute, celle qui possède déjà le moins de pouvoir et celui qu’elle a est très relatif.  Relatif particulièrement à celui, autrement omniprésent et omnipotent, de ses employeurs et de ses acolytes…

 Alors, tant qu’à s’obliger une action quelle qu’elle soit, compromettons la trajectoire préétablie, qui s’est imposée sans réflexion; usons des expériences passées, de notre imagination, de cette capacité à la critique  et visons au moins des objectifs réellement mobilisateurs de changements,  qui  suggèrent des remaniements en profondeur de nos us et coutumes communicationnels.

 

 

SOURCES:    LE SOLEIL - ANALYSE du vendredi 23 novembre 2007,  Devoir d'autocritique et de résistance et  Un Tribunal pour la presse,   Marc-François Bernier (Ph.D.)  Professeur agrégé, coordonnateur du programme  de journalisme Université d'Ottawa,   liens internet :  [http://www.cyberpresse.ca/article/20071123/CPSOLEIL/71122151/6732/CPOPINIONS],    et[http://www.cyberpresse.ca/article/20071123/CPSOLEIL/71122154/5287/CPOPINIONS], articles consultés en ligne le 6 janvier 2008.